Vous me demandez souvent des conseils sur la technique de prise de vue en urbex. Aujourd’hui j’ai décidé de vous en parler. Au lieu de vous présenter le château du pianiste comme d’habitude, étage par étage, je vais vous le présenter d’un point de vue de photographe, en détaillant les paramètres des prises de vues.

Rassurez vous, je vais vous montrer le château. Il est magnifique, j’en ai pris plein les yeux. Mais je n’ai pas grand chose à dire sur lui. Alors c’est l’occasion de disserter technique photo.

 

Parlons d’abord un peu de lui et après nous digresserons.

Le Château du pianiste

Ce château est la coqueluche du petit monde de l’urbex en ce moment. La preuve, lors de notre visite nous avons croisé 3 autres groupes d’explorateurs ! Sa renommée est justifiée, il est superbe et il est encore rempli de trésors. D’autres l’ont appelé le château Lucifer, en hommage à une fameuse tapisserie. Je lui préfère le nom de château du pianiste, car on dénombre plusieurs pianos (3 ou 4, je ne suis plus très sûr de ne pas en oublier un).

 

C’est un château du XVIIIème, construit en rase campagne sur l’emplacement d’un château féodal plus ancien. Les décorations sont l’oeuvre d’artistes italiens – on peut y admirer de magnifiques peintures et papiers peints.

Le château du pianiste est immense, sur un plan en H avec des passages pas forcément évidents. En effet j’ai essayé de tout visiter mais je ne suis pas certain d’avoir visité toutes les pièces. Il semble abandonné depuis relativement peu de temps (une dizaine d’années tout au plus). Une rénovation semble avoir été tentée dans certaines pièces mais elle a vite été stoppée. Depuis, la mérule a pris possession du château, rongeant les poutres et les boiseries et provoquant des effondrements par endroits.

Voilà à peu près tout ce que je sais sur le château du pianiste. Je n’en dis pas plus sur lui. La visite en photos sera l’occasion de vous expliquer comment sont faites les prises de vue. Je m’excuse d’avance si vous êtes néophytes en photographie, il vaut mieux avoir quelques bases pour me suivre. Ce n’est pas un tutoriel photo à proprement parler, juste quelques indications sur ma technique. Et je n’ai pas la prétention de détenir la vérité absolue en ce domaine.

Voir large

 

Commençons par parler du matériel nécessaire à la prise de vue urbex : je vous recommande fortement d’avoir un objectif grand-angle. Et même ultra-grand-angle (UGA). Bref, un objectif qui vous permet de prendre des photos les plus larges possibles. La raison est simple : l’urbex se fait principalement en intérieur et lorsqu’on tombe sur une pièce magnifique, on aimerait la prendre en photo en entier. Alors on recule, on recule pour en avoir le maximum dans le viseur et on finit par se retrouver dos au mur. Et encore tout ne rentre pas dans le cadre !

Voici une série de photos prises avec mon objectif ultra-grand-angle. J’ai mis les données techniques (exif) en commentaire de chaque photo de cet article. Pour les voir, ouvrez les photos en grand en cliquant dessus, dépliez le bandeau en bas de la photo et cliquez sur le « i ».

 

En urbex, j’emmène toujours 2 objectifs avec moi. Je fais la plupart de mes photos avec un objectif 14-24 mm, souvent à l’angle minimum de 14 mm (monté sur mon appareil photo plein format). Je parlerai de l’autre objectif plus tard.

Attention aux distorsions

Le seul problème des ultra-grand-angles est la distorsion de ce type d’objectifs : le premier plan semble démesuré par rapport au reste, et les bords de l’image ont besoin d’être redressés en post-traitement, ils ont une tendance à fuir et à apparaître arrondis. Pour minimiser les déformations, il faut faire attention à photographier bien droit, pile dans face de ce que l’on prend et parallèlement au sol. Sinon les déformations atteignent des sommets et ça ne fait plus du tout naturel.

On perçoit bien les déformations sur les photos ci-dessous. Vous remarquerez le lit qui ressemble plus à un losange, le plafond proéminent ou encore la perspective très marquée sur le billard. Ces photos ont quand même été redressées avec mon logiciel de post-traitement pour rattraper ces distorsions.

Avoir le temps

C’est l’oeil du photographe qui fait les belles photographies, pas le matériel. Mais n’empêche, un deuxième élément est essentiel en urbex. Je recommande fortement d’avoir un trépied. Ceci car il y a souvent très peu de lumière dans les lieux abandonnés. La plupart du temps les volets sont fermés, on est alors dans la pénombre. Et même si ce n’est pas le cas les fenêtres n’apportent en général pas assez de lumière pour des photos bien définies à main levée. Je me retrouve donc à prendre des pauses de plusieurs secondes voire dizaines de secondes. Alors le trépied est indispensable.

On arrive au paragraphe le plus technique, je fais court. Je travaille toujours en mode priorité à l’ouverture. Pour avoir des photos bien définies et avec une grande profondeur de champ (ou dit autrement, pas de flou d’arrière-plan), je limite les iso (je reste entre 100 et 200 iso, pour éviter le grain), je ferme beaucoup le diaphragme (f/8 à f/11, pour que tout soit net) et avec la priorité à l’ouverture, l’appareil calcule automatiquement la vitesse d’obturation correspondante. Vu ces réglages, j’ai quasiment toujours besoin du trépied pour que la photo soit nette.

Voici quelques exemples. Pour le château du pianiste, la palme revient à la dernière photo : la pièce est dans l’obscurité totale avec juste un rai de lumière qui filtre à travers le plancher écroulé. Il a fallu une pause de 25 secondes et pas mal de post-traitement pour arriver à ce résultat.

Pour la lumière naturelle

Vous vous demandez peut-être pourquoi je n’utilise pas de lumière d’appoint comme un flash. Voilà la réponse : je n’aime pas du tout le rendu des lumières artificielles. La lumière naturelle – si faible soit elle – est toujours plus belle. J’ai toujours plusieurs lampes avec moi en exploration mais elles ne me servent qu’à explorer, sauf cas exceptionnel comme lorsque j’ai visité le bunker, dans l’obscurité la plus totale. Vous pouvez consulter l’article ici, vous conviendrez que le rendu n’est pas terrible.

La seule photo que j’ai prise avec un éclairage d’appoint au château du pianiste est le détail de la peinture (l’espèce de dieu grec plus bas, « pépère »), dans une salle de bains sans fenêtre. La photo est assez fade et on voit le reflet brillant de la lampe dans le coin inférieur droit.

Les détails

Pour les photos de détails, en gros plans, la technique change un peu. Là je recherche souvent une profondeur de champ plus faible – pour plus de flou esthétique d’arrière-plan. Alors j’ouvre plus le diaphragme que pour les vues d’ensemble. En effet je varie entre f/2,8 et f/5,6, en fonction de la proximité du sujet et de la profondeur de champ voulue.

Au passage, ça me permet de gagner en vitesse et de me passer plus facilement du trépied. Aussi j’avoue que je suis un peu faignant et que je monte plus facilement en iso dans ces cas là – il faut dire que la position de prise de vue est souvent plus acrobatique pour ces photographies et le trépied devient difficile à utiliser. Je fais alors beaucoup de photos à main levée.

Je regrette souvent par la suite la montée en iso. Par exemple la photo de la croix ci-dessous est prise à 640 iso. Le grain ne se voit pas lorsqu’on n’agrandit pas trop la photo – c’est suffisant pour ce blog mais pas pour une impression. Si on grossit (voir la 2ème photo), on perd des détails. J’aurais du prendre le trépied ! Et encore, 640 iso ce n’est pas énorme.

 

Pour les détails j’ai besoin de focales plus grandes. C’est là que je monte mon deuxième objectif 24-70 mm. Il est bien plus approprié pour ce type de photo pour lesquelles je zoome jusqu’à 70 mm. Quelquefois j’aimerais aller au-delà de cette focale mais je tiens à rester léger lorsque je suis en urbex – histoire de pouvoir remballer et me déplacer rapidement. Alors ça ne vaut pas le coup de s’alourdir d’un objectif 70-200 mm pour le peu de photos que je ferais avec.

Voilà une série de photos de gros plans avec des profondeurs de champs faibles.

Conclusion

Voilà pour ce petit éclairage, j’espère que c’était intéressant pour vous… Et surtout compréhensible ! J’ai essayé d’aller à l’essentiel ; ce n’est qu’un petit aperçu et ce n’est pas une vérité absolue (même moi je transgresse régulièrement ces règles). Mais ça donne une petite idée. Si vous avez des questions, n’hésitez pas à m’en faire part en commentaire et j’y répondrai.

Faites de belles photos, et vous reprendrez bien un petit piano pour la route !

 

Mise à jour : j’ai écrit la suite ! Après la prise de vue, le développement. Vous trouverez un aperçu de ma méthode de développement photo (ou retouche) dans l’article sur le manoir des lapins.

Cet article a 3 commentaires

  1. Superbe photo, tu as de la chance car il à été recemment fermé et est maintenant surveillé de très pres par les voisins et des alarmes. Faute à trop de passage, et surtout faute à un groupe d’urbexeuse pas du tout discrete à ce qu’on m’a dit :/ En esperant qu’il reste intact encore longtemps <3

  2. Bonjour
    C’est un anglais qui a acheté le chateau il y a 15 ans. La grand mère de ma femme habite dans le village voisin. Sa soeur etait bonne là bas dans le temps.
    Cet anglais laisse le chateau à l’abandon, et habite juste une aile dans le fond. Il y a donc des habitants très près.
    Nous avons fait des photos pour un projet expo aujourd’hui, mais nous ne sommes resté que 2h. Un chien nous a senti, et coïncidence ou pas, mon pneu etait crevé malgré avoir été garé assez loin.

  3. Ce que je me demande, c’est pourquoi les pianos sont laissés là. Pareil pour les livres. Même si la valeur marchande n’est pas grande, ce sont des choses qu’on ne refera pas une fois qu’elles auront disparu. Ce serait idiot qu’elles soient dégradées par abandon, alors que ça a une valeur historique immense. Il y a des amoureux de musique, et des bibliophiles, qui rêveraient d’avoir ça. Si le propriétaire n’habite pas dans le château, pourquoi les pianos et les livres sont-ils laissés là. On attend la fuite d’eau qui va les abimer? Autre chose qui m’étonne, c’est que personne n’ait volé tout ça. Sans doute que les pianos à queue de cette époque sont difficilement transportables et ne valent pas grand chose. Et les voleurs ne doivent pas lire l’Illustration…

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