L’Hôpital psychiatrique de l’électrochoqueur (Manicomio di V)

Je ne sais pas trop par où commencer. L’hôpital psychiatrique de l’électrochoqueur, plus connu sous le nom de Manicomio di V, ou encore Manicomio Mosquito, est tout simplement l’une de mes meilleures explorations à ce jour. Alors commençons par une photo.

 

Bien que je préfère celle-ci, elle représente encore plus l’ambiance du lieu. Du glauque à son maximum :

 

Voila les présentations faites. Maintenant précisons un peu.

Des hôpitaux psychiatriques

Comme d’autres hôpitaux psychiatriques que je vous ai déjà présentés, l’hôpital psychiatrique de l’électrochoqueur est un ancien manicomio – comprenez un asile psychiatrique italien, ou littéralement maison de fous. En effet je vous ai déjà montré des établissements semblables : l’hôpital psychiatrique du Docteur Maboul ou encore l’hôpital psychiatrique du chat perché.

En plus d’être tous des asiles psychiatriques, ils ont beaucoup de points communs. D’abord ils ont tous fermé à la même époque, à partir de la fin des années 70. En effet en 1978 l’Italie décide de fermer tous les grands asiles psychiatriques pour les remplacer par des hébergements alternatifs –  avec l’application de la loi 180 (ou loi Basaglia, du nom de son principal promoteur). Ensuite ils sont tous immenses : ce sont de véritables villes avec de multiples pavillons, isolées du monde extérieur par de hauts murs. Enfin, la plupart d’entre eux sont abandonnés – difficile de trouver une nouvelle vocation à ce genre de complexes et beaucoup sont devenus des must en urbex. Il y en a encore un certain nombre sur ma carte urbex qui n’attendent que moi pour les explorer.

L’Hôpital psychiatrique de l’électrochoqueur

Même si tous ces asiles psychiatriques se ressemblent, c’est toujours une aventure d’en visiter un nouveau. L’hôpital psychiatrique de l’électrochoqueur est le plus grand que j’ai visité – comptez pas moins de 20 pavillons différents dont une église, une salle de spectacle et un gymnase. D’ailleurs nous avons eu le temps de n’en visiter qu’une petite partie (en 6 heures passées sur place !) : plus ou moins la moitié des bâtiments et encore, sans les ratisser complètement. J’y retournerai un jour.

Le complexe a été construit d’une traite pendant les années 30. A l’époque loin de la ville, il se retrouve aujourd’hui en périphérie. Tout est fait pour qu’il n’y ait aucun échange avec l’extérieur : le tout est ceint par de hauts murs, des grilles délimitent des cours pour les patients (on serait plutôt tentés de dire prisonniers !). Les familles des malades n’avaient même pas le droit d’accéder aux chambres des patients, ils devaient se contenter d’une visite dans l’espace réservé aux visites.

Après la décision de fermeture en 1978, certains pavillons sont restés actifs jusque dans les années 90, alors que d’autres étaient recyclés en hôpital. Le complexe est totalement abandonné depuis 1991, à l’exception d’un pavillon qui est actuellement occupé par une agence gouvernementale.

Le parc est devenu une jungle. Certains pavillons ne sont même plus visibles ni des alentours, ni par satellite, car ils sont littéralement recouverts par la végétation. Mais ils tiennent encore bien debout.

Vous avez dit électrochoqueur ?

Alors que le Manicomio di R est réputé pour ses lobotomies, le Manicomio di V semble s’être spécialisé dans les électrochocs. Nous n’avons malheureusement pas trouvé de traces. Mais les différentes sources que j’ai trouvées sur internet s’accordent sur ce point. La salle d’électrochocs serait située dans un sous-sol. Voilà une bonne raison pour moi d’aller poursuivre l’exploration de cet asile !

Du coup, je me suis un peu documenté sur cette pratique barbare qui consiste à électrocuter les patients. J’ai trouvé cela très intéressant, je vous fais un rapide résumé. Dans les années 30, on n’a pas encore de traitement efficace pour soigner les malades mentaux qui croupissent dans les asiles. Alors on expérimente des choses, comme les électrochocs. L’idée de départ est de provoquer une crise d’épilepsie chez les patients pour leur faire secréter une substance antidépressive. Un psychiatre a l’idée en observant un abattoir, dans lequel les bouchers traitent les porcs avec un courant électrique les faisant convulser – pour les rendre inconscients – avant de les égorger.

Jusqu’aux années 60, les électrochocs sont bien une technique barbare qui fait froid dans le dos. On soigne tout et n’importe quoi avec, sans consulter le patient. Ce dernier est simplement attaché à une table d’opération avec un chiffon dans la bouche pour qu’il n’avale pas sa langue, bien sûr sans anesthésie. Et surtout on ne maîtrise pas la tension qu’on lui envoie. Dans les années 70, l’apparition de traitements médicamenteux efficaces remplacent progressivement cette pratique qui tend alors à disparaître.

Plus récemment le traitement par électrochocs, renommé sismothérapie ou encore électroconvulsothérapie, est revenu dans les hôpitaux. Il est beaucoup plus encadré qu’avant, et surtout sous anesthésie générale avec injection de curare (pour endormir les membres du patient qui pouvait se blesser lors des convulsions).

Pour ceux qui voudraient en savoir plus, je vous conseille cet article sur Slate.fr.

Bienvenue chez les fous

Je vous raconte plein de choses, mais gardons notre objectif. On est ici d’abord pour les photos. Bienvenue à l’hôpital psychiatrique de l’électrochoqueur.

Vous vous en doutez surement, nous n’entrons pas par l’accès principal. Nous prenons le premier trou de souris que nous trouvons pour infiltrer cette enceinte fortifiée. N’ayant pas de plan du lieu, nous commençons la visite par le premier pavillon qui se présente à nous. Il reste peu de meubles, mais il annonce la couleur : des peintures qui craquent, de la végétation qui rentre par toutes les ouvertures et une ambiance glauque à souhait. Nous déballons le matériel photo.

 

Après peu de temps, des voix nous parviennent. Nous ne bougeons plus, tous nos sens en alerte. Ce sont 2 voix d’hommes. Ils parlent italien et pas nous – impossible de savoir ce qu’ils racontent.  Ils sont soit dans le pavillon, soit juste à côté.

Ce sont peut-être simplement d’autres explorateurs, mais dans le doute, nous déguerpissons dans la direction opposée.

Le bâtiment technique

Au moins, grâce à eux, nous n’avons pas à hésiter pour savoir lequel des nombreux bâtiments visiter d’abord. Après une bonne centaine de mètres à l’abri d’une végétation épaisse, nous débouchons sur un petit édifice. Il est en très mauvais état. Il fait penser à un local technique, ou une laverie. La visite est rapide mais nous offre quand même un concentré d’abandon.

La salle de spectacle

Nous continuons méthodiquement dans la même direction – à ce moment de la journée nous avons encore l’espoir de visiter tout le parc. Ce qui nous amène directement à la salle de spectacle. Je connais déjà ce bâtiment qui a fait la célébrité du lieu dans le monde de l’urbex. Ce n’est pas pour rien. Nous en prenons plein les yeux.

Brrrr

Toujours suivant la logique de départ – il faut toujours avoir de l’organisation lorsqu’on visite un lieu abandonné de cette taille, sinon on risque de passer à côté des plus belles pièces – nous arrivons dans un pavillon qui accueillait des patients. Les premières pièces que nous traversons ont leur charme, bien decay. Beaucoup d’objets y sont stockés.

Puis nous avançons dans le bâtiment. Les fenêtre sont fermées par des grilles et la végétation recouvrant le bâtiment nous plonge dans une obscurité quasi totale. C’est glauque. Nous nous retrouvons dans une série de petites cellules, pour les patients les plus dangereux. C’est vraiment glauque. Dans certaines cellules il reste un seul meuble : un lit aux pieds arrondis rivé au centre de la pièce. Les radiateurs sont protégés pour ne pas se blesser avec, encastrés dans les murs.

 

Le bâtiment suivant est semblable, à peine moins glauque. Surement pour héberger des patients à peine moins dangereux. Nous tombons ici sur une montagne de radios en pleine décomposition.

 

Ensuite nous passons par d’autres pavillons semblables. Non dénués de charme photographique, ils sont moins glauques – plus lumineux et moins sécurisés. Encore ici on trouve des montagnes de vieux dossiers.

L’accueil

Ensuite nous passons par l’accueil du site. Il semble être un des derniers à avoir été utilisé. C’était l’hôpital lors des derniers jours du site, dans les années 90. C’est le bazar ; dans le couloir central difficile de circuler avec cet amas de lits médicalisés ! A l’étage on trouve quelques bureaux et des appartements – probablement anciens appartements des employés. Nous ne traînons pas dans ce bâtiment car nous sommes très visibles de l’extérieur. Il a aussi moins d’intérêt car moins décrépi.

 

Les bâtiments communs

A ce moment là de la visite, nous commençons à en avoir plein les yeux, plein les cartes mémoire, et plein les baskets ! Nous nous rendons compte que pour tout visiter, il va falloir revenir. Nous avions prévu de passer par l’église, on se dirige vers elle en passant par le bâtiment central, qui semble avoir un rôle administratif. Il a peu d’intérêt mis à part cette salle centrale avec les tuyaux laissés là au milieu (peut-être la chaufferie). Enfin il aurait eu beaucoup d’intérêt si nous n’avions pas déjà visité une multitude de pièces semblables, aux murs décrépis et aux couleurs pastel.

Puis nous arrivons à l’église. Finalement elle n’est pas très intéressante photographiquement parlant.

 

Le départ

A plusieurs moments dans notre visite nous avons entendu des voix proches de nous, probablement des travailleurs qui se rendaient au pavillon utilisé. Mais nous ressortons sans encombre, sans avoir croisé personne.

A la vue de ces photos, vous devez comprendre pourquoi c’est une de mes explorations préférées ! J’ai adoré la visite. L’hôpital psychiatrique de l’électrochoqueur est un sommet en termes d’abandon, de décrépitude et surtout d’ambiance. Chaque pavillon est intéressant. Tous ceux qui accueillaient des malades sont construits sur le même modèle mais chacun recèle des surprises. Il reste juste ce qu’il faut à l’intérieur, assez pour recréer l’ambiance, pour imaginer la vie ici, et surtout pour prendre de superbes photos.

 

 

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