La Colonie de vacances des moutons

Passionné par l’exploration des anciens hôpitaux psychiatriques italiens abandonnés, ou manicomios, je peine à en trouver de nouveaux à visiter ces derniers temps. Mais je crois que j’ai trouvé la solution. En effet après avoir visité les principaux manicomios du nord de l’Italie, le renouveau pourrait venir des anciennes colonies de vacances. La preuve par l’exemple avec la colonie des moutons : je suis fasciné par ce lieu abandonné !

Les jolies colonies de vacances

Comme les manicomios, les colonies de vacances sont de vastes bâtiments publics. Ce sont aussi des témoins d’une époque révolue. Pour les manicomios c’est une certaine conception de la psychiatrie. Pour les colonies, une vision obsolète de l’éducation. Dernier point commun : ces édifices sont aujourd’hui presque tous abandonnés. Ce sont de grandes coquilles vides dont les autorités ne savent pas trop quoi faire.

Les colonies font partie de l’histoire du XXème siècle. Elles apparaissent dans toute l’Europe à la fin du XIXème (années 1870-1880 pour les premières). On pourrait croire que c’est le début des loisirs pour les enfants, à une époque où les gens n’ont pas de vacances et ne quittent jamais leur région d’origine. Mais non : à l’origine les colonies ont un but sanitaire. Il s’agit surtout de sortir les enfants de l’air pollué de leur milieu urbain pour leur faire prendre un grand bol d’air pur, que ce soit à la campagne, à la montagne ou encore à la mer. Pendant quelques semaines, on préserve ainsi les enfants pauvres et en mauvaise santé des problèmes de l’industrialisation, le temps qu’ils se requinquent.

Ensuite, au début du XXème siècle, s’ajoute une dimension idéologique et sociétale : les colonies servent alors à diffuser les idéaux auprès de la jeunesse. Elles sont la plupart du temps gérées par des écoles, des municipalités, des comités d’entreprise ou encore des associations.

Mes sources parlent surtout des colonies françaises mais cela se passe globalement de la même manière dans toute l’Europe. En Italie, les fascistes au pouvoir entre 1922 et 1945 auraient largement utilisé les colonies de vacances pour l’embrigadement de la jeunesse.

Le déclin des colonies

En constante progression pendant la première moitié du XXème siècle, l’activité des colonies s’arrête temporairement pendant la seconde guerre mondiale avant de connaitre son âge d’or dans les années 50. Cela durera jusqu’à un déclin brutal dans les années 90. Avec l’allongement de la durée des congés payés et la hausse du pouvoir d’achat, les gens préfèrent partir en famille. Beaucoup de structures ferment avant l’an 2000.

La colonie des moutons

La colonie des moutons correspond bien à la description ci-dessus. Propriété d’une grande municipalité du nord de l’Italie, elle est inaugurée en 1895. On y construit de nouveaux pavillons tout au long du XXème siècle pour arriver à 5 dans les années 50. Puis, après un lent déclin, la colonie ferme complètement en 1998. Elle est inoccupée depuis cette date. Un consortium local l’aurait rachetée en 2009, à priori pour en faire un complexe hôtelier. L’emplacement est idéal pour ce type de projet, en surplomb de la mer. D’ailleurs la vue est idyllique et nous ne nous lasserons pas d’en profiter tout au long de la visite.

Mais aucune trace de construction 10 ans plus tard. Le projet aurait-il avorté ?

Une colonie pas tout à fait abandonnée

Nous sommes perplexes en arrivant à la colonie des moutons. Entre le portail bien cadenassé, les volets vermoulus et les murs grisâtres, tout est abandonné. Tout sauf l’entrée principale, que quelqu’un a minutieusement balayée. C’est tellement propre que le nettoyage ne peut dater que de quelques heures… La colonie serait-elle en rénovation ? Aurait elle trouvé une utilité ? Ou tout simplement y a t-il un gardien qui habite ici ?

Je meurs d’envie de visiter cette colonie. En fait c’est le lieu qui m’intéresse le plus de ce road-trip italien alors je ne renonce pas aussi facilement. Dans le doute, nous laissons de côté le bâtiment principal pour le moment. Nous passons le portail et nous contournons la zone trop entretenue.

Nous entrons facilement dans un grand bâtiment. C’est l’ambiance qu’on aime : tout est vieillot, oublié dans son jus depuis une vingtaine d’années, avec des couleurs pastel et des peintures qui craquellent. Je suis en extase devant le double escalier. Au sommet du bâtiment, un toit terrasse offre une vue époustouflante sur la mer. Mais la visite de ce bâtiment est assez rapide et la plupart des pièces sont vides. C’est une exploration qui démarre bien mais on en redemande !

Le tour de la Colonie des moutons

L’environnement est assez stressant, avec ce potentiel gardien, mais aussi la proximité d’une route très passante. En ce rare jour ensoleillé de l’automne, la route du littoral est bondée de toutes sortes de touristes, en véhicule  ou à pieds. Mais la visite de ce bâtiment nous a ouvert l’appétit, on ne peut pas en rester là.  Alors nous décidons de continuer la visite, en évitant les endroits à découvert. Nous filons à l’arrière des bâtiments, dans le grand parc, en restant en alerte à chaque pas. Nous gardons comme objectif le bâtiment principal mais il est désespérément barricadé, alors nous faisons le détour par des bâtiments secondaires saccagés et sans grand intérêt. L’occasion quand même de se rendre compte de la taille du complexe, cela devait être un terrain de jeu formidable pour les enfants en vacances ici !

 

 

Et puis, à force de tourner autour du bâtiment principal, nous finissons par trouver un accès.

 

Le troupeau de moutons

Avec ma binôme, nous gardons toujours les pièces les plus exposées pour la fin, histoire de pouvoir visiter au maximum le lieu avant de tomber sur une alarme ou un gardien. Alors nous grimpons dans les étages par le premier escalier que nous trouvons. Et nous tombons sur la salle à tout faire. Oui à tout faire car c’est en même temps une salle de spectacle, une salle de sport, et une chapelle ! D’un bout l’estrade pour les spectacles, de l’autre l’autel pour les cérémonies religieuses. Et une paroi amovible permet de masquer l’autel. Une vraie optimisation d’espace !

 

Après cela nous enchaînons les dortoirs. De toutes les tailles, de toutes les couleurs, plus ou moins bien conservés, la série semble interminable ! Et bien sur, à chaque porte, on croit que c’est le dernier mais le suivant a quelque chose de plus photogénique…

 

Au bout de plusieurs dizaines de pièces traversées, nous avons notre dose et redescendons. Il nous reste à visiter le rez de chaussée. J’ai juste le temps de prendre une photo d’une pièce commune avant de déclencher une alarme. Nous détalons rapidement.

 

Nous n’avons pas visité le reste du rez de chaussée. Il nous manque la cuisine et surement d’autres pièces perdues dans ce dédale. En revenant chez moi, je fais des recherches google sur le lieu et j’apprends entre autres choses que la colonie est parfois ouverte aux visiteurs, en de rares occasions comme les journées du patrimoine, ce qui explique la propreté de certaines parties du lieu. Par contre je n’ai pas trouvé d’informations précises sur les projets de transformation. Et dernière chose, je me rends compte que nous n’avons même pas vu d’autres pavillons plus éloignés dans le grand parc. Je veux retourner à la colonie de vacances des moutons !

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