Dans mon précédent article je vous parlais du fiasco de mon dernier road-trip en Italie. C’est oublié : j’ai récemment pu retraverser les Alpes et me suis réconcilié avec l’urbex italien. J’ai pu explorer tous les lieux que je convoitais – et pas des moindres, j’en ai pris plein les yeux. Voici des images fraiches d’Italie. Commençons par le lieu qui m’a le plus impressionné : la filature effilochée.

Les superlatifs ne manquent pas pour décrire ce lieu abandonné. En résumé : un top, une visite urbex qui restera dans ma mémoire. Elle concentre tous les éléments pour faire une belle exploration. Déjà parce que j’avais vu des photos dingues de ce lieu et qu’avec mon binôme nous nous étions bien monté le bourrichon sur cette usine, je bavais d’avance de la visiter. Aussi parce que j’ai galéré à trouver l’accès (trouvé après avoir réveillé tous les chiens du quartier et renoncé à traverser une rivière) et le lieu est réputé pour les passages fréquents du propriétaire. Enfin et surtout parce que c’est un lieu abandonné comme on les aime : vraiment abandonné du jour au lendemain au sens « tout est resté sur place » à pourrir dans son jus depuis une trentaine d’années.

Bref.

 

Présentation de la Filature effilochée

Je ne suis pas le premier explorateur à visiter la filature effilochée, elle a une petite notoriété en Italie. Ainsi l’article de Lorena Durante m’a vraiment mis l’eau à la bouche. Au passage, je vous conseille la visite de son site, c’est une des exploratrices transalpines qui m’inspire le plus. Et son article sur l’histoire des filatures de coton en Italie est hyper intéressant.

On ne connait pas exactement l’origine de l’usine. On sait qu’elle a fermé en 1990, dans un contexte de mondialisation, comme beaucoup d’autres industries européennes à cette époque. Entre temps elle a fourni en mouchoirs et autres tissus quantité de ménagères. Le stock encore présent et la taille de l’usine en témoignent.

Depuis sa fermeture, la filature pourrit tranquillement dans son jus, oubliée par tous. Elle a fait parler d’elle en 2013, lorsque des produits toxiques se sont échappés et ont pollué la rivière voisine. La justice italienne et la presse ont alors mis le nez dans les affaires de l’usine et de son propriétaire. Une dépollution à minima plus tard, le site a retrouvé la léthargie propre aux bâtiments abandonnés. Enfin, son sommeil est de temps en temps troublé par des explorateurs comme moi.

 

La visite de la filature effilochée

Le site est très grand, témoin de sa prospérité passée. Je galère un peu à trouver un accès. D’un côté les chiens du voisinage protègent le site, de l’autre il y a un canal infranchissable à sec. Concernant les côtés restant, le site est refermé sur lui même, il faut donc trouver une brèche dans la succession de bâtiments collés entre eux.

Mais je finis par trouver la faille. Une fois à l’intérieur, je comprends vite que le site est à la hauteur de mes espérances. C’est du lourd.

L’appareil photo vissé sur son trépied, je commence à explorer le site. Les bâtiments se suivent et ne se ressemblent pas. Chacun recèle des trésors. Ainsi j’avance lentement, peaufinant mes réglages pour ne pas rater mes prises de vue. Au départ sur mes gardes – on m’a prévenu que le site est surveillé par son propriétaire – je me laisse progressivement aller à une extase photographique (non, ce n’est pas trop, le terme est approprié !). Jusqu’à ce que je me rende compte que le propriétaire du lieu est dans la pièce juste à côté. Cela sonne la fin de la visite, je détale comme un lapin.

 

La deuxième visite

Je n’ai même pas visité la moitié de la filature effilochée. Il reste beaucoup de bâtiments à découvrir. Alors ce soir là je dors à proximité du site, obsédé par la filature. Et j’y retourne aux premières lueurs du jour, avec de l’appréhension mais la soif d’exploration est plus forte. Je reprends là où j’en étais.

 

Et une troisième ?

Suite à cette deuxième visite je n’ai toujours pas tout visité. Après ma frayeur de la veille, j’évite les bâtiments trop « à découvert », trop proches de l’entrée du site. J’aimerais pouvoir être serein et détendu, mais je n’y arrive pas. Alors je ne traine pas.

Encore un site abandonné qui me hante, sur lequel je me pose beaucoup de questions. Il mériterait encore plusieurs visites pour bien l’appréhender et lui rendre hommage. J’y retournerai un jour…

Cet article a 4 commentaires

  1. Bonjour Olivier.

    Quel endroit incroyable et quelle belle série de photos !
    C’est tout simplement magnifique !

    Théo

    1. Merci beaucoup Théo !

  2. Oui, vraiment incroyable cette filature désertée avec tant de matériel abandonné sur place. Immense! Les fantômes des ouvriers et ouvrières qui y ont trimé doivent t’accompagner pendant ta visite. Pourquoi le commentaire « caliente » pour la photo qui montre des piles de registres (?) , parce qu’elles menacent de tomber?
    Belles photos pour cette exploration exceptionnelle!

    1. Bonjour Solange, merci pour ton retour,
      Au sujet du titre « Caliente », c’est un peu capilotracté. Il faut savoir que souvent je trouve des titres de manière un peu expéditive. Pour des séries de plus de 20 photos je ne suis pas toujours inspiré !
      Ici le titre fait référence aux dessins sur les boites empilées : ce ne sont pas des registres mais des emballages pour sous-vêtements, avec des silhouettes en petite tenue sur fond de coucher de soleil rougeoyant. Une ambiance « hot ».

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