L’Hôpital psychiatrique du révolutionnaire (Manicomio di C)

Et encore un manicomio, un de plus ! Vous l’aurez compris, je n’arrêterai pas l’urbex tant que je n’aurai pas visité tous les vieux manicomios italiens. L’hôpital psychiatrique du révolutionnaire est le quatrième que je vous présente et il y en a encore un certain nombre qui m’attendent. Ce qui me laisse encore quelques belles années d’urbex pour les visiter.

L’hôpital psychiatrique du révolutionnaire n’a rien à envier aux autres. On y trouve tous les ingrédients qui font de ces manicomios d’excellents spots urbex : un abandon qui remonte à plusieurs dizaines d’années, du decay (peintures qui craquent, planchers pourris et autres amas de poussière), des équipements médicaux d’une autre époque et une histoire chargée. Bref, tout pour imaginer la vie dans cet asile à une époque pas si lointaine, avec des sueurs froides dans le dos.

La révolution psychiatrique

Comme je l’ai déjà évoqué dans mes récits d’explorations d’autres manicomios, l’Italie est littéralement parsemée d’anciens hôpitaux psychiatriques à l’abandon. La faute à une loi qui a profondément changé la manière de traiter les maladies mentales à la fin des années 70. En effet avant cette fameuse loi on enfermait les malades mentaux. Ils étaient parqués à l’abri des regards dans ces hôpitaux qui ressemblaient plus à des prison, avec leurs hauts murs et leur total absence d’échanges avec l’extérieur. A défaut de savoir comment les soigner, on préférait les cacher tout en testant des méthodes plus ou moins barbares pour tenter de les rendre humains. Le but des asiles était surtout de contrôler et d’isoler les malades. Leurs conditions de vie et d’hygiène étaient secondaires.

En 1978 une loi remettait ce système en cause en imposant la fermeture de tous ces asiles et en renvoyant les malades dans leurs familles. Mais cette révolution ne s’est pas faite en un jour. Dès la fin des années 60, des médecins mènent des expériences dans certains hôpitaux psychiatriques avant-gardistes. L’enjeu est de considérer les malades mentaux comme des êtres humains et d’essayer de leur offrir une vie décente.

L’hôpital psychiatrique du révolutionnaire est un des hôpitaux précurseurs de cette révolution psychiatrique, notamment grâce à son directeur qui fut le principal instigateur de la loi de fermeture des asiles psychiatriques. C’est pour cela que j’ai choisi de lui donner ce nom.

L’Hôpital psychiatrique du révolutionnaire

L’histoire de cet asile commence en 1873. Cette année là on installe en urgence un asile dans un ancien palais, temporairement, à cause d’une épidémie de choléra. Il compte alors une centaine de malades. Mais comme souvent, le provisoire dure… Et un siècle plus tard, l’asile s’est bien agrandi et compte près d’un millier de malades.

Si l’hôpital est un précurseur dans l’évolution de la psychiatrie moderne, c’est aussi à cause de la gravité de ce qui s’y passe. Dans les années 60 les conditions de vie et de travail des malades sont particulièrement dures. En effet ils sont entassés, sans aucune considération d’hygiène ni de souffrance. A l’époque les malades ne sont pas considérés comme humains et ils subissent des traitements violents comme des électrochocs. Au point que les infirmières finissent par se mettre en grève.

Après la promulgation de la loi en 1978 l’hôpital se vide progressivement, tout en adoptant des traitements plus doux pour les malades restants. Le dernier patient quitte l’hôpital psychiatrique du révolutionnaire en 1996.

Depuis personne ne sait trop quoi faire de cette structure immense. En partie monument historique, cet ancien palais mériterait d’être valorisé mais nécessite des travaux de restauration importants. Il s’écroule par endroits, prend l’eau à d’autres. Il y a urgence à faire quelque chose pour sa sauvegarde.

La visite : le bâtiment principal

De l’extérieur le bâtiment n’est pas très impressionnant, une façade grisâtre donne sur une route très passante. Contrairement à d’autres manicomios, celui-ci se trouve en plein centre-ville. A première vue l’accès sur le site semble compliqué : derrière de hautes grilles, le complexe est entièrement muré sur 2 étages. Il y a bien un accès mais il mène à une partie occupée et surtout il est surveillé par caméras. Nous nous lançons dans le grand tour du site, l’occasion de visiter un peu le centre-ville. Finalement nous trouvons un accès facile dans un recoin éloigné, à l’abri des regards. La visite peut commencer.

Nous entrons par une aile récente, sans âme, avec beaucoup de traces de vie mais saccagée. Nous nous dirigeons vite vers l’entrée principale qu’on pressent comme l’endroit le plus intéressant du site.

Effectivement c’est la partie qui a le plus de cachet, les plus vieilles pierres du lieu. En plus les pièces autour de l’accès principal regroupent plusieurs mises en scène plutôt intéressantes. Il y a aussi ces graffitis qui évoquent l’histoire du lieu. C’est rare que j’apprécie ce genre d’art dans des lieux historiques – je considère souvent que cela dégrade le lieu – mais là je reconnais que ces oeuvres sont fort à propos ici. Nous passons un moment à immortaliser cette zone.

En haut

Nous accédons ensuite à l’étage de ce vieux palais. Ici il y avait une chapelle. C’est assez surprenant que ce genre de pièce soit à l’étage. Cela fait longtemps que l’endroit n’est plus sacré ; lorsque l’hôpital était bondé il y avait des lits de malades jusqu’ici.

Autour de ces belles arches centrales, deux couloirs se déploient en croix et mènent à plusieurs cellules. Cet étage est en sale état, avec des trous béants dans le toit, nous faisons bien attention où nous mettons les pieds.

Le reste

Ensuite nous retournons dans les parties plus récentes. En fait, l’asile semble avoir été agrandi progressivement au fil des années. En partant de l’entrée principale on passe par des zone qui paraissent avoir été construites de plus en plus récemment. On trouve quelques petites cours intérieures qui délimitent ces zones d’urbanisation progressive. Et étonnamment les zones ont beau être de plus en plus récentes, elles sont de plus en plus en mauvais état. Comme si les constructions anciennes résistaient bien mieux que les nouvelles aux assauts du temps. Il y a quelques pièces intéressantes mais moins concentrées que dans le vieux bâtiment principal.

 

Nous repartons. Encore une superbe visite. Une valeur sure, ces manicomios ! Vivement le prochain !

This entry was posted in Médical, Urbex (exploration urbaine) and tagged , , , , , , , , , .

Post a Comment

Your email is never published nor shared. Required fields are marked *

*
*